LES MALASPINA ET L’ORDRE DE SAINT JEAN DE JERUSALEM (ORDRE DE MALTE)

Croix hospitalière

 

Fondé au XIème siècle par des marchands amalfitains installés à Jérusalem et destiné à porter assistance aux pèlerins de Terre Sainte, l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, devenu plus tard Ordre Souverain de Malte, joua un rôle majeur dans la défense de la chrétienté en Méditerranée orientale. Un rôle qui s’accrut lors de la dissolution de l’Ordre du Temple, dont il hérita les biens en même temps que les responsabilités militaires.

Du XIVème au XIXème siècle, on compte une trentaine de Malaspina parmi les Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Certains d’entre eux ont occupé des fonctions éminentes : Les Malaspina ont fourni à l’Ordre un Bailli, un Prieur, un Grand Prieur, et pas moins de trois Amiraux et quatre Commandeurs. D’autres Malaspina, parfois simples chevaliers, se sont également illustrés héroïquement dans des épisodes fameux, notamment lors du Grand Siège de Malte en  1565, au point d’occuper une place de choix dans les Chroniques de l’Ordre.

De nombreuses familles nobles ont pu envisager l’adhésion à l’Ordre de Saint-Jean avant tout comme un moyen d’accroître leur prestige, et n’ont fourni de contingent à l’Ordre qu’après que ce dernier ait obtenu de Charles Quint son statut de puissance souveraine sur Malte en 1530, après les années d’errance qui suivirent son expulsion de Rhodes en 1527.

Tel ne fut pas le cas de la Maison Malaspina qui, dans ses différentes branches, s’associa à l’Ordre Hospitalier au moins depuis le début du XIVème siècle. La plus ancienne profession de foi malaspinienne date en effet de 1317, à une époque critique de l’histoire de l’Ordre. Expulsés de Terre Sainte quelques années plus tôt, les Hospitaliers récemment installés à Rhodes subissent les assauts répétés des Turcs. Parallèlement, ils doivent assumer en Europe la gestion des biens de l’Ordre du Temple. Plus qu’un prestige somptuaire à venir, c’est bien un prestige essentiellement militaire, lié à la défense de la chrétienté, qui dut motiver les premières adhésions malaspiniennes. Au cours des siècles, la nature de ces adhésions ne se démentira pas : ce n’est certes pas un hasard si l’engagement malaspinien croît dans les années qui suivent immédiatement le Grand Siège de Malte, qui avait vu une fois encore la glorieuse défense des positions chrétiennes en Méditerranée orientale. Les siècles qui suivirent confirmèrent la vocation particulière des Malaspina au sein de l’Ordre : nombreux sont les chevaliers Malaspina qui, du XVIIème au XIXème siècle y ont exercé des responsabilités militaires parfois éminentes.

Chevaliers Hospitaliers de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem

Si les chevaliers de Malte provenaient de multiples branches des Malaspina, l’adhésion à l’Ordre a d’ailleurs constitué dans certains cas une sorte de tradition familiale, étroitement liée à la vocation des armes inhérente à la noble famille pendant plus d’un millénaire.

 

  

Branche des marquis d’Ascoli

 

Cette branche malaspinienne, la première à avoir quitté le berceau de la Lunigiane pour s’installer dans la région des Marches, a fourni plusieurs chevaliers. Tout d’abord deux frères, Giacomo Emilio et Carlo, qui prononcèrent leurs vœux ensemble le 18 Juillet 1658. Plus tard, en 1696, c’est Ridolfo qui intègre l’Ordre et devient Capitaine des Galères Pontificales. 

 

Branche des marquis de Chivasso

 

Issu  des Malaspina de Chivasso, bourg situé sur la voie Francigène dans la province de Turin, Carlo Malaspina a intégré l’Ordre en 1563, et figure parmi les glorieux combattants qui ont repoussé les armées ottomanes lors du Grand Siège de Malte.

 

Siège de Malte

Branche des Malaspina de Florence

 

Au XVIIème siècle, cette branche fournit à l’Ordre deux chevaliers à quelques décennies d’écart : tout d’abord Federico Malaspina qui prononce ses vœux en 1634, puis Scipione Andrea Malaspina en 1693. 

 

 

Branche des marquis de Fosdinovo

 

Si les Malaspina de Fosdinovo ont fourni plusieurs chevaliers à l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem aux XVIème et XVIIème siècles, le plus prestigieux demeure sans conteste Ippolito, qui prononça ses vœux le 13 Juillet 1556, à l’âge de 16 ans. Fils premier né de Giuseppe Malaspina, marquis de Fosdinovo, et de Luigia Doria, issue de la famille princière génoise, il abandonne ses droits à son frère Andrea en intégrant l’Ordre hiérosolomitain. Il devient rapidement Bailli de Naples de l’Ordre, puis Conseiller du Grand Maître. En 1560, à la tête d’une colonne de fantassins, il prend part à une attaque fameuse contre les barbaresques à Djerba. En 1565, il figure parmi les officiers participant au Grand Secours envoyé par le roi d’Espagne à la rescousse de Malte le 8 septembre. Puis il est élu en 1601 Amiral de l’Ordre, avant d’accepter deux ans plus tard le commandement de la flotte pontificale que lui offre le pape Clément VIII. En 1605, après avoir assisté à l’élection de Paul V, il décide de se retirer dans un couvent maltais. Malgré les sollicitations papales répétées, il refusera toujours de reprendre la tête de la flotte pontificale. 

 

Paradoxalement, cette période de retraite fera définitivement passer Ippolito à la postérité. En effet, c’est lui qui assure en 1607 le transfert à Malte du Caravage, qu’il a rencontré à Rome et qui se trouve alors recherché pour avoir tué un homme lors d’un duel. L’exfiltration du peintre est menée avec la bénédiction du Grand Maître de l’Ordre,  Alof de Wignacourt, et de juillet à septembre 1607 le Caravage réside au  palais Malaspina sur le Fort San Salvatore, à La Vallette. Probablement à la demande de son hôte, l’artiste peint alors la célèbre toile Saint-Jérôme écrivant, dans laquelle il confère au saint les traits du Grand Maître. En bas, à l’angle droit de la toile, le Caravage appose le blason des Malaspina de Fosdinovo.

 

 

« Saint Jérôme écrivant » du Caravage

Dérobée au milieu des années 1980, la toile a aujourd’hui retrouvé sa place dans le musée de la co-cathédrale Saint Jean de La Vallette, où se trouve également la sépulture d’Ippolito Malaspina, ornée d’une somptueuse plaque, dans la chapelle Sainte Catherine de la Langue d’Italie. Ippolito Malaspina meurt en 1625, après avoir légué tous ses biens à des œuvres de bienfaisance : hôpitaux, veuves, marins infirmes, orphelins. 

 

 

Plaque funéraire de Ippolito Malaspina (Co-Cathérale Saint-Jean, La Vallette)

Dans un film biographique sur le Caravage récemment produit par la RAI, un acteur tient le rôle d’Ippolito Malaspina.  

 

Après Ippolito, deux autres Malaspina de Fosdinovo s’engageront dans l’Ordre : Alderano, qui prononce ses vœux en 1588, et plus tard, en 1632, un autre Ippolito.    

 

 

Branche des marquis de Monti et Suvero

 

Cette branche des Malaspina fut dignement représentée au sein de l’ordre en la personne de Ricordano Malaspina, qui prit le nom religieux de Fra Francesco lors de la prononciation de ses vœux en 1840. Grand Ecuyer, chargé des affaires de l’Ordre auprès de la Cour du Roi d’Italie (à l’époque Royaume lombard-vénitien),  il fut également Commandeur de la 1ère Commanderie de Parme, décoré de l’Ordre Militaire Grand-Ducal Toscan de Saint-Stéphane.

 

 

 

Branche des marquis de Mulazzo 

 

Le plus célèbre Malaspina de cette branche, Alessandro le navigateur, fit ses premières expériences maritimes en tant que chevalier au service de l’Ordre. Pendant un an, il navigua en Méditerranée occidentale, participant à la lutte menée par l’ordre contre les pirates. Peu de temps après la mort de son père, il quitta Malte pour suivre son oncle en Espagne. 

 

Plus encore que le célèbre navigateur, un autre Malaspina de Mulazzo, Giovanni occupera une place importante dans la mémoire de l’Ordre. Il fut en effet le dernier chevalier tombé lors du Grand Siège de Malte. Observant depuis un parapet le repli des Turcs après plusieurs mois de combats acharnés, il aurait été frappé par un tir d’arquebuse parti du camp ottoman alors qu’il récitait le psaume In te, Domine, Speravi. Si l’on manque d’indications précises sur sa généalogie, les différentes histoires de l’Ordre assurent qu’il était bien issu des marquis de Mulazzo.    

 

 

Branche des Malaspina de Murello

 

Quoique peu connue, cette branche malaspinienne de la province de Cuneo (Piémont) a donné naissance au plus ancien chevalier dont nous ayons la trace : Federico Malaspina, chevalier hospitalier ayant prononcé ses vœux en 1317. Une dizaine d’année plus tard, il figure comme Percepteur (Commandeur) de la Commanderie de Murello, où l’Ordre possédait un château qui lui échut après la dissolution de l’Ordre du Temple au début du siècle. En 1334, Fra Federico Malaspina devient Prieur Hospitalier de Messine. Il est le premier italien à occuper cette charge, précédemment dévolue aux Français et plus tard aux Aragonais.

 

Branche des marquis de Podenzana

 

Les Malaspina de Podenzana ont donné à l’Ordre l’une de ses plus glorieuses figures, Vespasiano Malaspina, fils de Leonardo Malaspina, marquis de Monte di Vaj et Podenzana. Si l’on sait peu de choses sur la vie de Vespasiano, sa mort est au contraire bien connue, et reste emblématique du martyr subi par certains chevaliers lors du Grand Siège de Malte en 1565. Après avoir été blessé lors du siège du Fort Saint-Elme, il est tué le 15 Juillet 1565 alors qu’il défendait le Fort Saint-Michel. Avec d’autres chevaliers, il est alors décapité par les Turcs et crucifié sur des planches. Une légende tenace fait de lui le dernier mort du Grand Siège, honneur qui en réalité reviendrait à un autre Malaspina, Giovanni, des marquis de Mulazzo. L’effigie de Vespasiano Malaspina, martyr de la foi, orne aujourd’hui la chapelle de la Langue d’Italie dans la co-cathédrale Saint-Jean de La Vallette (Malte).

 

 

Chapelle de la Langue d’Italie (Co-Cathédrale Saint Jean, La Vallette)

La mort glorieuse de Vespasiano n’est certes pas étrangère à la vocation de son neveu Niccolò, fils de son frère Alessandro Malaspina, qui intègre l’Ordre en 1605. 

 

Au XVIIIème siècle, un autre Malaspina de Podenzana, Leonardo Giorgio, intègre l’Ordre le 26 Décembre 1742. Il vécut en Toscane, où il officia en tant que Capitaine du Régiment du Prince héritier. 

 

Branche des marquis de Ponzano 

 

Issu d’une branche dont le fief avait été vendu en 1540 à la Banque San Giorgio, Alessandro Malaspina prononce ses vœux en 1569. Quoique sa généalogie demeure imprécise, il descendrait de Iacopo Ambrogio Malaspina, seigneur d’Aulla à la fin du XVème siècle, de la lignée de Conrad l’Ancien.    

 

Branche des marquis de Sannazzaro 

 

Cette branche a fourni au XVIème deux chevaliers à l’Ordre. Tout d’abord Galeazzo Malaspina, qui prononce ses vœux en 1566, peut-être stimulé par la glorieuse victoire maltaise de l’année précédente. Il était l’un des six enfants d’Ottaviano Malaspina, descendants des marquis de Fosdinovo et Massa. Par son ascendance, Galeazzo se rattache également à la célèbre famille des Pico della Mirandola, précédents propriétaires du château de Scaldasole qui échut aux Malaspina lors du mariage de Taddea Pico della Mirandola, fille du comte de Concordia, avec Giacomo Malaspina, marquis de Fosdinovo et Massa. 

 

Comme l’exigeait l’entrée dans l’Ordre, Galeazzo laissa sa part des biens familiaux à son frère Giulio Cesare. A partir des années 1580, il jouit cependant des bénéfices de l’abbaye bénédictine française de Saint-Pierre-Le-Vif (Sens) que lui avait laissés René Le Birague, un milanais devenu Chancelier de France en 1573.

 

En 1599, autre Malaspina de Sannazzaro, Francesco, intègre l’Ordre et bénéficiera de plusieurs concessions spéciales du pape Paul V. 

 

Branche des marquis de Suvero

 

Au XVIème siècle, cette branche a fourni à l’Ordre trois chevaliers, vraisemblablement frères de sang : Ascanio, qui prononce ses vœux en 1574, puis Fabio et Leonido, qui intègrent l’Ordre à quelques mois d’écart en 1577. Apparemment, ils étaient les fils de Rinaldo Malaspina, marquis de Suvero, et de Lavinia Malaspina. Tous trois étaient rattachés au Prieuré de l’Ordre à Venise. 

 

 

Branche des Malaspina  de Tortona

 

Au XVIIIème siècle, cette branche a fourni un chevalier à l’Ordre en la personne de Ercole Francesco Malaspina, qui prononça ses vœux en Septembre 1737. 

 

 

Famille des Cybo-Malaspina

 

La prestigieuse famille des Cybo-Malaspina a fourni à l’ordre quelques chevaliers entre le XVIème et  le XVIIIème siècles. 

 

En 1577, c’est Francesco Cybo de Massa qui prononce ses vœux, suivi en 1596 par Alessandro, des marquis de Massa et Carrare. Plus tard, en 1633, c’est Lorenzo Cybo-Malaspina, fils du Prince de Massa, qui intègre l’ordre.

 

Francesco Malaspina, fils de Carlo I Cybo-Malaspina, Général des Galères du Roi d’Espagne, prononce ses vœux en 1625. Son neveu Ottavio, fils d’Alderano Cybo-Malaspina, suivra plus tard cette même voie de Chevalier Profès, jusqu’à sa mort en 1701. 

 

Camillo Cybo-Malaspina, petit-neveu d’Alderano Cybo-Malaspina, fut créé cardinal par Benoît XIII en 1729. Si l’on ignore la date de son adhésion à l’Ordre, il en fut néanmoins un membre prestigieux puisqu’il occupera en 1730 la charge de Grand Prieur de Rome. 

 

Autres Malaspina

 

On connaît d’autres Malaspina ayant servi l’ordre, sans toutefois pouvoir déterminer précisément leurs origines familiales. 

 

Au XIVème siècle, un Giovanni Malaspina, prononçant ses vœux en 1347, fut Commandeur de la Commanderie Hospitalière de Versato. 

 

En 1422, c’est un Federico Malaspina qui prononce ses vœux, et deviendra plus tard Commandeur de Candiolo, dans la province de Turin, fief des Savoie jusqu’au XIVème où il passe aux mains de l’Ordre. 

 

Au XVème siècle, deux Malaspina figurent dans la liste des Amiraux de la Langue d’Italie : Ferlino, qui occupera cette charge en 1417, et Federico de 1427 à 1428. 

 

Au XVIème siècle, un Curzio Malaspina part à la défense de Malte en 1565 avec la flotte du Grand Secours, avant même d’être accepté comme chevalier le 28 septembre après la fin du Grand Siège.