LES MALASPINA DANS L’EGLISE CATHOLIQUE

Marquis du Saint-Empire, souverains de la Lunigiane pendant huit siècles, si les Malaspina se sont pour la plupart consacrés au métier des armes et à la diplomatie, ils ont également occupé dès le XIIIème siècle une place importante dans l’histoire de l’Eglise Catholique. Prélats de l’Eglise, membres  de la Curie, Nonces apostoliques, évêques, archevêques ou bien membres éminents d’Ordres réguliers ou militaires issus des multiples branches de la vaste famille,  ils ont participé, en Italie et dans le reste de l’Europe, à la promotion, à la défense et à l’illustration de la foi, notamment dans les siècles troublés qui voyaient l’avancée de l’Islam en méditerranée et la progression de la Réforme. Défenseurs inlassables de Rome et de la Chrétienté, tout en conservant leur respect pour le Saint Empire, ils se sont faits souvent les gardiens de l’autorité pontificale dans une Europe soumise à de graves tensions politiques.  

 

 La défense de l’Eglise et de la Foi

 

Issu des Cybo, famille génoise d’origine byzantine qui engendrera la dynastie des Cybo-Malaspina, souverains de Massa-Carrare, Giovanni Battista Cybo, fils de Arano Cybo et de Teodorina de Mari, est élu pape en 1484 sous le nom d’Innocent VIII. Considéré comme le dernier pape médiéval, son pontificat s’est placé sous le signe du souci d’une ferme défense de la foi. Dès son arrivée sur le trône pontifical, il s’essaya à convaincre les princes européens de la nécessité d’une croisade contre l’avancée des Turcs. En 1485, il dissout les ordres militaires du Saint-Sépulcre et de Saint-Lazare de Jérusalem au profit de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, plus à même de combattre efficacement en Terre Sainte, une décision confirmée en 1505 par le pape Jules II. Son pontificat voit également en 1492 la chute de Grenade, pour laquelle il organise un jubilé à Rome. C’est à l’occasion de cette étape essentielle de la reconquête chrétienne de l’Europe qu’il accorde Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille le titre de « Rois Catholiques ». Ce pontificat qui marque la transition avec l’époque moderne voit également la découverte du Nouveau Monde. Longtemps sous-estimé, il apparaît aujourd’hui que Innocent VIII a joué un rôle important dans le soutien au projet de Christophe Colomb, son compatriote génois. Soutien également financier, notamment par le biais de banquiers génois et florentins issus de sa parentèle, ainsi que par la Santa Hermandad dont l’un des deux administrateurs, Francesco Pinelli, se trouvait être son neveu. Innocent VIII meurt sept jours à peine avant le départ de Colomb du port de Palos vers un continent qui allait consacrer l’expansion mondiale de la foi chrétienne et la grandeur de l’Espagne. 

 

Au cours du siècle suivant, qui vit l’avancée de la Réforme, notamment en Europe centrale et nordique, différents Malaspina bénéficièrent de la confiance des Souverains Pontifes dans des missions importantes pour la défense de l’Eglise Romaine. Tout d’abord Orazio Malaspina, fils de Moroello Malaspina, marquis de Monti, issu des marquis de Villafranca. Envoyé à Paris à l’occasion du Concile de Trente qui organisa le mouvement de la Contre-Réforme, Orazio avait été auparavant nonce apostolique à Vienne à la fin des années 1570, puis auprès de l’empereur Rodolphe de Hongrie. Quelques années plus tard, il est remplacé dans ses charges par Germanico Malaspina (1550-1603), fils de Girolamo Ambrogio Malaspina, marquis d’Aulla, capitaine du Duc de Parme, et de Susanna Malaspina, des marquis de Mulazzo. Ce personnage, parmi les acteurs les plus importants de la Contre-Réforme dans les pays germaniques, avait commencé sa carrière ecclésiastique comme Clerc de Chambre Apostolique du pape Grégoire XIII, avant d’être envoyé en Suède et Norvège en tant que Visiteur Apostolique. En 1580, Grégoire XIII le désigne comme Internonce auprès de l’Archiduc Charles d’Autriche pour l’inciter à revenir dans le giron de l’Eglise en éloignant les protestants de ses états. Germanico devient alors le premier nonce de la nouvelle nonciature de Styrie, créée pour l’occasion. 

 

A l’époque, la religion catholique souffrait de l’influence croissante des réformés dans les provinces de Styrie et Corinthie. Bien que catholique, l’Archiduc Charles subissait leur influence et leurs pressions. Poussé par l’Archiduc Ferdinand et le Duc Albert de Bavière, dont la fille était mariée à Charles, ce dernier finit par demander pardon au pape, lui réclamant un nonce de résidence qui serait la voix du Souverain Pontife pour remettre de l’ordre dans ses états. Grégoire XIII lui envoya alors Germanico Malaspina, chargé de faire prévaloir la cause catholique à la Diète de Gratz. Après de longues querelles et des protestations, l’Archiduc publia finalement un édit par lequel il bannit les protestants. Suite à cette mission qui permis le maintien de l’Autriche dans le sein de l’Eglise Romaine, Germanico fit partie d’une légation envoyée en Allemagne en 1583 pour examiner la conduite de l’Electeur de Cologne. A partir de 1585, il occupe successivement la fonction de Nonce apostolique auprès de Rodolphe, roi de Hongrie, puis dans le Royaume de Naples (1590), avant d’être envoyé par Clément VIII en Pologne, auprès du Roi Sigismond III pour l’exhorter à la guerre contre les Turcs. Depuis la Pologne, il se fait le relais de la politique pontificale en Transylvanie visant à lutter contre la poussée ottomane. Cet ardent défenseur de la foi catholique meurt à Cracovie en 1604, non sans avoir laissé nombre d’écrits et d’instructions pour ses successeurs, parmi lesquels un « Dialogue de Mons. Malaspina sur l’état spirituel et politique de l’Empire et des Provinces infestées par les hérésies ».  

        

Au cours des siècles, l’Eglise de Rome put s’appuyer sur d’autres personnage d’origine malaspinienne pour défendre ses intérêts et prérogatives en Europe centrale. Ce fut notamment le cas de Bartolomeo Pacca (1756-1844), fils du marquis Orazio Pacca et de Cristina Malaspina, issue des marquis d’Olivola. Après des études au Collège Clémentin de Rome, où étudia également Alessandro Malaspina le navigateur, Bartolomeo Pacca intègre l’académie ecclésiastique de Rome, où il compte parmi ses compagnons le futur pape Léon XII. 

Peu de temps après il est nommé camérier secret de Pie VI, et entre en prélature en 1785. Nommé archevêque de Damiette et nonce apostolique à Cologne, il s’attacha à défendre les prérogatives du Saint-Siége, menacées par les autorités civiles et un clergé contestataire rallié au pouvoir politique impérial. Il força notamment les curés compris dans le territoire de sa nonciature à  reconnaître le Souverain Pontife comme seule autorité compétente dans les dispenses au mariage. Suivant les ordres de Pie VI, dans une lettre encyclique adressée aux curés il déclara nuls les mariages avec empêchements dirimants contractés sans la dispense du Saint-Siége. Les trois électeurs ecclésiastiques de Cologne, Trêves et Mayence publièrent des manifestes contre l'encyclique et portèrent leurs plaintes à l'empereur. Pie VI adressa alors à l'électeur de Cologne une lettre ferme dans laquelle il déclarait que son nonce n'avait fait qu'exécuter avec modération ses ordres formels. 

 

De Cologne, Pacca passa nonce auprès de la cour de Portugal, où il demeura sept ans. Il sut se concilier l'estime et l'amitié du régent, le prince Jean, ainsi que de toute la famille royale, et conserva également intacts les droits de la Primauté pontificale, auxquels on tenta là encore de porter atteinte. Elevé à la dignité de cardinal par Pie VII en 1801, il assiste le pape en 1804 lors du sacre de Napoléon Bonaparte, apparaissant sur la toile peinte par David pour immortaliser l’événement. Bartolomeo Pacca devient membre de la Curie romaine en 1808, officiant comme pro-secrétaire d’Etat de Pie VII. Arrêté avec le pape sur ordre de Napoléon en 1809 lors de l’invasion des troupes françaises à Rome, il fut détenu trois ans et demi dans la forteresse de Fenestrelle. En 1814 il rentre à Rome avec le Souverain-Pontife. Nommé camerlingue de la Sainte Eglise romaine jusqu’en 1824, il continua pendant plus d'un an d'exercer la charge de ministre-secrétaire d'Etat. Participant aux conclaves de 1823, 1829 et 1830-1831, il est nommé en 1830 cardinal-évêque d'Ostie et Velletri avant d’être nommé archiprêtre de Saint-Jean-de-Latran. Après une vie dévouée à la Sainte Eglise, il mourut en 1844 Doyen du Sacré Collège de cardinaux, primus inter pares.  

 

En Italie, la défense de l’Eglise et des prérogatives papales passa souvent à l’époque médiévale par une confrontation plus ou moins directe avec l’autorité impériale et une prise de position risquée dans la lutte entre Guelfes, partisans du pape et des communes libres, et Gibellins, partisans du pouvoir impérial. 

 

Moine de l’Ordre bénédictin, évêque de Luni dans le premier tiers du XIIIème siècle, Guglielmo Malaspina était le fils du marquis Obizzone II, et frère de Corrado l’Antique, chef du Spino Secco. Appelé à Rome par Innocent IV pour assister au Concile de Latran, il est fait prisonnier, durant son voyage, par des pisans partisans de la faction impériale qui le remettent à Frédéric II, qui le relègue dans les Pouilles. Il recouvre la liberté après la mort de l’empereur en 1250, et retrouve son diocèse, mais ses vassaux ne veulent plus le reconnaître comme leur seigneur. Innocent IV lui donne alors la faculté d’aliéner ses biens, qu’il vend à Niccolo Fieschi. L’évêque Guglielmo meurt en 1272.  

 

Dans les décennies postérieures, Gherardino Malaspina, également évêque de Luni (1312) payera lui aussi chèrement sa fidélité au Souverain Pontife. Second né de Alberto Malaspina, marquis de Filattiera, et selon d’autres fils de Gabriello, marquis de Verrucola, il fut à la fois ami de Dante qui le mentionne dans l’Epître VIII, mais aussi un proche du pape Clément V. En 1313, son ralliement au parti guelfe se double d’un refus de se soumettre à l’empereur Henri VII et d’assister à son couronnement. Pour le châtier, ce dernier le démet alors des pouvoirs temporels comtaux attachés à son titre d’évêque et soumis à l’autorité impériale. 

 

Tout en demeurant de fermes partisans du Souverain Pontife, d’autres Malaspina tentèrent pourtant de concilier les deux partis dans une volonté d’apaisement des tensions politiques. Ce fut notamment le cas de Gabriele Malaspina, fils de Azzolino II, marquis de Fosdinovo. Chanoine de la cathédrale de Vérone, puis nommé évêque de Luni par le pape Clément VI en 1351, il gouverna le diocèse avec vigilance et fermeté. En 1353, son prestige le fit choisir par les Guelfes et les Gibellins pour sceller à Sarzana la paix entre les factions. Il accueillit pour cela le congrès des députés des princes et des républiques italiennes dans l’église-cathédrale de Sarzana. Cet événement historique dans l’histoire médiévale italienne n’amènera cependant qu’une paix fragile, bientôt rompue. Après cet échec politique, Gabriele Malaspina se consacra à sa mission pastorale. Cela bien que ses efforts et son aura intacte lui aient valu un diplôme impérial de Charles IV qui le rétablit dans les anciens privilèges d’Evêque-Comte, dont son prédécesseur Gherardino Malaspina avait été privé par Henri VII quarante ans plus tôt, mais également l’octroi du titre de Prince du Saint Empire. 

 

Hauts prélats,  membres de la Curie Romaine, et proches du pape

 

Le service de l’Eglise a mené un certain nombre de Malaspina à prendre part aux hautes instances ecclésiastiques et à la Curie romaine dans divers champs de compétence où ils ont pu faire montre de leur fidélité et de leurs talents, parfois dans l’entourage immédiat des Souverains Pontifes. 

 

Si son patronyme laisse peu de place au doute quant à son appartenance familiale, on ignore encore à quelle branche malaspinienne se rattachait Saba Malaspina écrivain pontifical, secrétaire du pape Jean XXI, resté célèbre pour son Histoire de la Sicile (1250-1276) qui demeure encore aujourd’hui une référence pour les historiens. De même que sa généalogie, son origine reste inconnue (Sicile ou Rome). Sur le plan pastoral, il fut en tout cas doyen, puis évêque de Mileto en Calabre à la fin du XIIIème siècle, nommé par le pape Honorius IV en 1286.  

Evoluant également dans l’entourage du pape au siècle suivant, Aragonio Malaspina était le fils de Antonio Malaspina, marquis de Bagnone. Chanoine de la cathédrale de Vérone en 1389, puis archiprêtre de Albenga en 1403, il devient ensuite Protonotaire apostolique de Benoît XIII, qui le nomme également évêque et administrateur du diocèse de Luni. En 1410, Jean XXIII le désigne comme commissaire apostolique pour la dispense des indulgences en Sicile, avant de le nommer Archevêque de Brindisi en 1415. Au cœur de la lutte entre la papauté romaine et avignonnaise, il se voit confié trois ans plus tard par le pape Martin V l’archevêché d’Otrante, charge qu’il ne put remplir, mourant quelques jours avant son entrée en ville.   

 

Proche du pape Eugène IV avec qui il entretint une correspondance dans les premières décennies du XVème siècle, Antonio Malaspina était semble-t-il le fils du marquis Leonardo Malaspina, de Castel dell’Aquila. Vicaire général de l’évêque de Vérone, il occupa par la suite la charge importante de Clerc de la Chambre Apostolique. Mais Antonio Malaspina est surtout resté dans la mémoire véronaise pour avoir fait ériger en 1440, dans la cathédrale de la ville, la chapelle de Notre-Dame du Peuple, également appelée « Chapelle Malaspina ».  

 

On ignore la généalogie du Bernabo Malaspina, échanson du pape Léon X dans les premières décennies du XVIème siècle. Ce personnage sur lequel on ne possède que très peu d’informations reste connu pour avoir été soupçonné à tort d’être à l’origine du décès du pape en 1521, officiellement mort de malaria, en réalité empoisonné. Mal récompensé de son service, Bernabo Malaspina fut accusé dans un premier temps d’avoir eu partie liée avec les français, ennemis de Charles V auquel venait de s’allié le pape. Rapidement disculpé, il n’en resta pas moins dans la mémoire européenne, sa mésaventure se trouvant rappelée chez Voltaire (Annales de l’Empire), qui le nomme à tort  « George, des marquis Malaspina », et Stendhal (Promenades dans Rome).      

 

Parmi les prélats romains d’origine malaspinienne, il faut également compter avec certains membre de la famille Cybo-Malaspina, souveraine de Massa et Carrare pendant près de quatre siècles, marquisat apporté en dot par Ricciarda Malaspina à Lorenzo Cybo, Duc de Ferentillo, au début du XVIème siècle.

 

Les Cybo, dont était issu le pape Innocent VIII, avaient déjà fourni au début du XVème siècle deux cardinaux à la Curie romaine : Angelo Cybo et son frère Leonardo, légiste célèbre, tous deux créés cardinaux par le pape Boniface IX en 1402, le premier avec le titre de doyen (deacon) de Santi Silvestro e Martino ai Monti, le second avec celui de doyen de Santi Cosma e Damiano. C’est avec ce même titre que Innocenzo Cybo (1491-1550), apparenté à la fois à Innocent VIII et Léon X, est créé cardinal en 1513. Par sa mère petit-fils de Laurent de’ Medici, il a été immortalisé par Musset dans Lorenzaccio. Parmi les Cybo ayant accédé à la charge cardinalice, il faut également nommer Lorenzo Cybo de Mari (1450-1503), neveu de Innocent VIII, créé cardinal prêtre en 1489 avec le titre de Santa Susanna.  

 

Parmi les Cybo-Malaspina proprement dits, qui porteront à son comble le sens des responsabilités au sommet de la hiérarchie catholique, il convient en premier lieu de citer Alderano Cybo-Malaspina (1613-1700) qui occupa de multiples fonctions prestigieuses. 

Prélat domestique du Pape Urbain VIII, référendaire du Tribunal de la Signature Apostolique en 1641, Majordome pontifical et Préfet des Sacrés Palais Apostoliques en 1644, il est créé cardinal en 1645 par Innocent X avec le titre de Santa Pudenziana, puis celui de Santa Prassede (1668) et enfin celui de San Lorenzo in Lucina, l’un des titres cardinalices les plus anciens et prestigieux, probablement institué par le pape Evariste autour de 112. Entre 1646 et 1651, Alderano Cybo-Malaspina officie comme Légat papal dans diverses villes et provinces des Etats pontificaux, Etats dont il devint finalement Surintendant général. En 1656, il est élu évêque de Jesi, charge qu’il occupe jusqu’en 1671. De 1676 à 1689, il est Secrétaire d’Etat à la politique de Innocent XI, participant aux réflexions et aux procédures qui conduisirent à la condamnation du quiétisme. Durant le même temps, il fut également légat pontifical en Avignon (1677-1690), puis secrétaire de la Suprême Congrégation de l’Inquisition Romaine et Universelle, Préfet de la Congrégation des Rites et de la Congrégation pour les Evêques et les Réguliers. En 1683, il devient doyen du Sacré Collège et évêque d’Ostie et Velletri, comme Bartolomeo Pacca cent-cinquante ans plus tard.    

 

Son frère, Odoardo Cybo-Malaspina, est quant à lui élu en 1670 Patriarche latin titulaire de Séleucie, puis de Constantinople en 1689, un titre prestigieux créé en 1204 lors des Croisades, et qui sera porté au siècle suivant par son petit-neveu Camillo Cybo-Malaspina, fils de Carlo II Cybo-Malaspina, Duc de Massa, et de la princesse Teresa Pamfilia. Attiré par la vocation ecclésiastique, Camillo renonce à ses droits de primogéniture en faveur de son frère Alderano. D’abord Majordome du Sacré Palais, il est par la suite créé cardinal prêtre en 1729 par Benoît XIII avec le titre de Santo Stefano al Monte Celio. Il finira ses jours avec la fonction de Grand Prieur de Rome de l’Ordre Souverain de Saint-Jean de Malte.

 

Les Malaspina dans les Ordres réguliers

 

Engagés pendant des siècles dans les hautes fonctions du clergé séculier, les Malaspina ont également pour certains ressenti l’appel de la vocation régulière, tout en conservant un engagement fort dans le siècle. Tel fut notamment le cas au XIIIème siècle de Guido Malaspina, abbé général de l’Ordre cistercien, également nommé cardinal par Urbain IV, avec le titre de San Lorenzo in Lucina, qui reviendra quatre siècles plus tard à Alderano Cybo-Malaspina. En cette qualité, il participe en 1264-1265 à l’élection de Clément V, qui le nomme d’abord Légat apostolique à la Cour de France (1265), puis l’envoie en 1266 au Danemark pour remédier aux discordes civiles qui agitent alors le royaume. En 1267, il célèbre le concile provincial de Vienne, avant de se rendre en Pologne, où il est accueilli solennellement à Cracovie  par le roi Boleslav V et l’évêque de Cracovie. Il convoque alors un concile national à Breslavia, afin d’obtenir des secours pour la Terre Sainte. A la suite de quoi, il se rend en Suède, France et Saxe, pour célébrer différents synodes et conciles. En 1271, il figure parmi les six cardinaux qui procèdent à l’élection de Grégoire X. Si l’on se dispute sur sa généalogie et que, comme le voulait l’usage monastique de l’époque, son patronyme n’est mentionné dans aucun document, ses armes (un Spino avec une demie-lune d’or), utilisées plus tard par Spinetta le Grand, marquis de Verrucola et Fosdinovo, témoignent sans ambigüité de son origine malaspinienne.   

      

Aux XVIIème et XVIIIème siècles, l’ordre dominicain a pu également compter dans ses rangs des Malaspina qui y occupèrent des responsabilités de premier plan. Ce fut le cas de Cherubino Malaspina, des marquis de Treschietto, qui devint Provincial de l’Ordre, avant de se voir octroyer par Alexandre VII l’évêché de Borgo San Sepolcro en 1655. Apparenté à Cherubino, Ferrante Aniceto Malaspina, fils de Giovangaspero Malaspina, des marquis de Treschietto et Plumesana,  revêt l’habit dominicain à Santa Maria Novella (Florence). En 1636, il est admis au Collège des Théologiens de l’Université de Florence, dont il devient doyen en 1654. Par la suite examinateur synodal de l’évêque de Fiesole, Consulteur du Saint Office de Florence, Prieur du Couvent de Prato, puis de celui de Santa Maria Novella, Provincial de l’Etat Romain, il occupera finalement la charge de Vicaire de son Ordre.

 

 Engagés pour certains dans la vie institutionnelle de l’ordre dominicain, les Malaspina participeront également à la promotion et au développement de sa spiritualité propre comme le montre l’exemple de Francesco Antonio Malaspina, auteur d’une « Instruction brève et claire pour bien exercer les puissances de l’âme dans le temps de l’oraison mentale », publiée à Florence en 1706.  

 

Comme l’Ordre de Saint Dominique, la Compagnie de Jésus a compté dans ses rangs un illustre Malaspina dont le souvenir exemplaire est resté vivace. Felice Malaspina, issu des marquis de Villafranca, entre jeune dans la Compagnie, et devient rapidement lecteur de Théologie morale à Piacenza, tout en conseillant certains Provinciaux de l’Ordre. En 1607, il avait défendu devant le Sacré Collège ses Conclusions de Philosophie, dédiées à l’empereur Rodolphe II, en présence de nombreux cardinaux et de l’ambassadeur impérial. Plus tard Recteur de Faenza, puis de Piacenza, il songea cependant à abandonner sa carrière pour partir évangéliser le Japon, ce que lui refusent ses supérieurs. Animé d’une foi profonde et d’une charité ardente, cet intellectuel brillant décide en 1630 de quitter son poste de Recteur à Piacenza pour se rendre à Parme, alors frappée par la peste, et assister les malades. Il contracte à son tour la maladie et meurt dans d’atroces souffrances quelques jours plus tard.   

 

Né en 1772, Fabrizio Malaspina, dernier représentant de la branche de Varzi, fils du marquis Mercurio Malaspina et de Mariettina Poggi, fut lui aussi un intellectuel brillant. D’abord affilié au monastère de Santa Maria de Rome, il devint par la suite diacre de la basilique de San Jean du Latran. En 1794, il est nommé Lecteur de Logique et Métaphysique au monastère de Montermarciano de Pérouse. Suite aux restrictions imposées par les révolutionnaires français en 1798, il se retira à Santa Maria delle Grazie à Novara, dont il devient abbé en 1803. Par la suite il se distingua particulièrement en tant que Réformateur Royal de l’Université de Turin, poste auquel il est nommé en 1827, avant de devenir directeur de la Bibliothèque Universitaire de la ville. Commandant de l’Ordre de Saints Maurice et Lazare en 1844, il fut également l’un des fondateurs de la Députation Royale pour les Etudes de l’Histoire de la Patrie (Regia Deputazione per gli Studi di Storia Patria). Après s’être retiré à Varzi, il commença des recherches sur l’histoire de sa famille qui l’occupèrent pendant une cinquantaine d’années. Il recueillit et transcrivit des milliers de documents dans le but de publier une histoire complète de sa famille. Il ne parvint cependant pas à terme, du fait de ses charges publiques, et quand celles-ci cessèrent il était trop âgé pour mettre en ordre les milliers de notices qu’il avait glanées.  

 

 

Les Malaspina dans l’Ordre Souverain Militaire de Saint-Jean de Jérusalem (Ordre de Malte)

 

Fondé au XIème siècle, l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, devenu plus tard Ordre Souverain de Malte, joua un rôle majeur dans la défense de la chrétienté en Méditerranée orientale. Du XIVème au XIXème siècle, on compte plusieurs dizaines de Malaspina parmi les Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dont certains ont occupé des fonctions éminentes. Les Malaspina auront ainsi fourni à l’Ordre un Bailli, un Prieur, un Grand Prieur, et pas moins de trois Amiraux et quatre Commandeurs. D’autres Malaspina, parfois simples chevaliers, se sont également illustrés héroïquement dans des épisodes fameux, notamment lors du Grand Siège de Malte en  1565, au point d’occuper une place de choix dans les Chroniques de l’Ordre. 

 

La branche peu connue des Malaspina de Murello a donné naissance au plus ancien chevalier dont nous ayons la trace : Federico Malaspina, chevalier hospitalier qui prononce ses vœux en 1317. Une dizaine d’année plus tard, il figure comme Percepteur (Commandeur) de la Commanderie de Murello, où l’Ordre possédait un château qui lui échut après la dissolution de l’Ordre du Temple au début du siècle. En 1334, Fra Federico Malaspina devient Prieur Hospitalier de Messine. Il est le premier italien à occuper cette charge, précédemment dévolue aux Français et plus tard aux Aragonais.

 

Si les marquis de Fosdinovo ont fourni plusieurs chevaliers à l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem aux XVIème et XVIIème siècles, le plus prestigieux demeure sans conteste Ippolito Malaspina, qui prononça ses vœux le 13 Juillet 1556, à l’âge de 16 ans. Fils premier né de Giuseppe Malaspina, marquis de Fosdinovo, et de Luigia Doria, issue de la célèbre famille génoise, il abandonne ses droits à son frère Andrea en intégrant l’Ordre hiérosolomitain. Il devient rapidement Bailli de Naples de l’Ordre, puis Conseiller du Grand Maître. En 1560, à la tête d’une colonne de fantassins, il prend part à une attaque fameuse contre les barbaresques à Djerba. En 1565, il figure parmi les officiers participant au Grand Secours envoyé par le roi d’Espagne à la rescousse de Malte le 8 septembre. Puis il est élu en 1601 Amiral de l’Ordre, avant d’accepter deux ans plus tard le commandement de la flotte pontificale que lui offre le pape Clément VIII. En 1605, après avoir assisté à l’élection de Paul V, il décide de se retirer dans un couvent maltais. Malgré les sollicitations papales répétées, il refusera toujours de reprendre la tête de la flotte pontificale. Après Ippolito, deux autres Malaspina de Fosdinovo s’engageront auprès de l’Ordre : Alderano, qui prononce ses vœux en 1588, et plus tard, en 1632, un autre Ippolito.    

 

Les Malaspina de Podenzana ont fourni à l’Ordre l’une de ses plus glorieuses figures, Vespasiano Malaspina, fils de Leonardo Malaspina, marquis de Monte di Vaj et Podenzana. Si l’on sait peu de choses sur la vie de Vespasiano, sa mort est au contraire bien connue, et reste emblématique du martyr subi par certains chevaliers lors du Grand Siège de Malte en 1565. Après avoir été blessé lors du siège du Fort Saint-Elme, il est tué le 15 Juillet 1565 alors qu’il défendait le Fort Saint-Michel. Avec d’autres chevaliers, il fut décapité par les Turcs et crucifié sur des planches. Une légende tenace fait de lui le dernier mort du Grand Siège, honneur qui en réalité reviendrait à un autre Malaspina, Giovanni, des marquis de Mulazzo. L’effigie de Vespasiano Malaspina, martyr de la foi, orne aujourd’hui la chapelle de la Langue d’Italie dans la co-cathédrale Saint-Jean de La Vallette (Malte). La mort glorieuse de Vespasiano n’est certes pas étrangère à la vocation de son neveu Niccolò, fils de son frère Alessandro Malaspina, qui intègre l’Ordre en 1605. 

  

 

Giovanni Malaspina occupera une place importante dans la mémoire de l’Ordre. Il fut en effet le dernier chevalier tombé lors du Grand Siège de Malte. Observant depuis un parapet le repli des Turcs après plusieurs mois de combats acharnés, il aurait été frappé par un tir d’arquebuse parti du camp ottoman alors qu’il récitait le psaume In te, Domine, Speravi. Si l’on manque d’indications précises sur sa généalogie, les différentes histoires de l’Ordre assurent qu’il était issu des marquis de Mulazzo.  Parmi les combattants du siège de Malte, quoique marqués d’une gloire moins tragique, il faut également citer Carlo, des Malaspina de Chivasso, sur la voie Francigène dans la province de Turin, qui intègre l’Ordre en 1563, ainsi que Curzio Malaspina, dont l’origine familiale reste inconnue, et qui partit à la défense de Malte avec la flotte du Grand Secours avant même d’être accepté comme chevalier de l’Ordre, le 28 Septembre 1565, quelques jours après la fin des combats.    

 

Au XIXème siècle, les branches des marquis de Monti et Suvero fut dignement représentée au sein de l’ordre en la personne de Ricordano Malaspina, qui prit le nom religieux de Fra Francesco lors de la prononciation de ses vœux en 1840. Grand Ecuyer, chargé des affaires de l’Ordre auprès de la Cour du Roi d’Italie à l’époque Royaume lombardo-vénitien,  il fut également Commandeur de la 1ère Commanderie de Parme, décoré de l’Ordre Militaire Grand-Ducal Toscan de Saint-Stéphane. 

 

Parmi les Malaspina qui ont occupé des responsabilités importantes au sein de l’Ordre aux XIVème et XVème siècles, il convient de noter certains personnages dont l’origine familiale demeure imprécise. C’est notamment le cas d’un Giovanni Malaspina, qui prononça ses vœux en 1347, et officia comme Commandeur de la Commanderie Hospitalière de Versato.

Intégrant l’ordre en 1422, Federico Malaspina deviendra quant à lui Commandeur de Candiolo, dans la province de Turin, fief des Savoie jusqu’au XIVème où il passe aux mains de l’Ordre. Enfin, il convient de relever pour le XVème siècle deux Malaspina ayant endossé la charge prestigieuse d’Amiral de la Langue d’Italie : Ferlino en 1417, et Federico de 1427 à 1428.